Institut Satoshi Ōmura : un IHU de Marseille version japonais sur l’ivermectine ?

Le 28 mars 2021 sur Twitter, l’ivermectine à été propulsée en tendance par le hashtag #BeBraveWHO. Le but étant de forcer l’OMS à reconnaître l’efficacité de la molécule sur la Covid-19, molécule découverte par Satoshi Ōmura.

Au Japon, l’ivermectine n’est toujours pas utilisée dans la lutte contre la Covid-19. Sur les sites conspirationnistes comme France Soir, le professeur émérite est souvent cité comme argument d’autorité.

Sur quelle étude se base l’institut Satoshi Ōmura pour affirmer l’efficacité de l’ivermectine ?


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Université de Kitasato

C’est dans cette université que se situe l’institut de recherche commémoratif Satoshi Ōmura.

Comme l’IHU Méditerranée de Marseille, cet institut propose des solutions thérapeutiques pour « guérir » la maladie de la Covid-19.

En mai 2020, le Professeur Ōmura donna une interview à Rensei Baba (Groupe d’étude des concepts du 21e siècle).

Satoshi Ōmura et le scandale de Surgisphère

Dans cette entrevue, l’explication est plutôt claire de la part du Professeur Ōmura. « L’ivermectine peut être un bon candidat » et « une étude réalisée aux Etats-Unis d’Amérique montre une efficacité de la molécule sur la Covid-19 ».

Problème, l’étude sera alors rétractée rapidement suite au manque de transparence des données.

Il s’avère que l’étude promue n’était autre que l’équivalent de l’étude controversée et aussi retractée parue dans « The Lancet » sur l’hydroxychloroquine. Les deux avaient pour même fournisseur DATA, la société « Surgisphère ».

Malgré le fait que Professeur Ōmura se soit basé sur cette étude qu’il a qualifiée de « concluante », il ne s’exprimera pas sur ce point.

10 mois plus tard à l’institut Satoshi Ōmura

Depuis mai 2020 il y a pas moins de 48 études qui ont fait leur apparition.

L’institut Satoshi Ōmura de l’université de Kitasato se base sur ces études pour affirmer que l’ivermectine fonctionne dans le cadre de la lutte contre la Covid-19.

Pour cela, ils font donc un papier qu’ils publient sur leur site internet disponible ici en PDF.

Ce papier en question, que conclut-il ? Que l’ivermectine fonctionne, bien entendu.

Mais d’où proviennent les études ? Quelles sont les critères d’inclusions des méta-analyses citées dans leur papier ?

La réponse est sans appel, la provenance d’une des méta-analyses n’est autre qu’un site reconnu de « désinformation scientifique », « C19study« . Plus précisément « ivmmeta« , page supplémentaire du site mère.


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L’institut portant le nom du prix Nobel de médecine 2015 et désinformation scientifique

Il semblerait que le site souvent utilisé comme preuve d’efficacité de l’hydroxychloroquine ne s’en soit pas arrêté la.

Souvent utilisé par les conspirationnistes ou covid-sceptiques il a, de nombreuse fois, été démystifié par des scientifiques dans le monde entier.

Cependant, il nous semble pertinent de vous expliquer en quoi « C19Study » ou « C19Early » (même site, même provenance) font de la désinformation scientifique.

C19study et C19early

Ces deux sites s’improvisent « méta-analystes ». Durant le début de l’épidémie en France, Didier Raoult faisait alors promotion de l’hydroxychloroquine comme traitement.

Au fur et à mesure apparait un site qui a pour but « d’informer » sur l’état des études sur la molécule controversée.

Dès lors, sur les réseaux sociaux le partage ne se fait plus attendre. On y retrouve France Soir, Corinne Reverbel, le collectif « Laissons les médecins prescrire » et d’autres comme principaux promoteurs.

Didier Raoult lui-même le partagera sur son compte Twitter, en fera promotion dans une de ses vidéos et affichera même la carte sur le site internet de l’IHU Méditerranée.

Blog conspirationniste, collectif de désinformation scientifique, compte Twitter de désinformation scientifique.
France Soir, le collectif « Laissons les médecins prescrire » et Corinne Reverbel membre fondateur de l’association BonSens. Tous partagent le même site de désinformation « C19study » auto qualifié de « méta-analyse ».

Rapidement, l’information s’est mise à circuler activement. L’idée est simple, « on nous dit que ça ne fonctionne pas mais pourtant les études disent le contraire ».

Bien évidemment ce site ne prend pas en compte les modèles méthodologiques nécessaire à la conduite d’une méta-analyse.

Sur Twitter, un PHD de l’école polytechnique réalise un « Thread » factuel et vérifiable sur la manière qu’a le site de diffuser leur analyse.

Thread Juni8t Twitter C19study
Un compte twitter d’un scientifique sous pseudonyme a produit un « Thread » expliquant les limites voir la malhonnêteté du site « C19study ». Source : @juni8t.

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Et pour l’ivermectine ?

Le site a autant de légitimité sur l’hydroxychloroquine qu’il en a sur l’ivermectine, c’est à dire aucune.

Voici un lien vers un site indépendant brésilien qui réalise du fact-checking et apporte les précisions sur ce site qui sont elles même vérifiables.

Vous pourrez trouver dans cette vidéo des compléments d’informations, toujours en provenance du Brésil.

Il y a aussi un problème sur ces sites avec le calcul de la «p-value», qui est une estimation de la chance que le résultat obtenu par une étude soit le résultat du hasard. Une valeur p faible signifie que le résultat est susceptible d’être pertinent. Selon Leandro Tessler, du département de physique de l’Unicamp (Université d’État de Campinas), il existe des techniques pour calculer la «p-value», mais cela n’est pas fait par les sites Web de ce réseau .

Leandro Tesser, Université d’état de Campinas via aosfatos.org.

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Quel est le rapport avec l’Institut Ōmura ?

En mars de cette année, l’institut Ōmura sort donc un papier qui a pour but de statuer sur l’ivermectine et son efficacité.

On y retrouve des comparaisons entre pays qui utilisent l’ivermectine, l’étude qui compare l’hydroxychloroquine à l’ivermectine, et aussi « ivmmeta » le fameux site lié à « C19study ».

Capture écran PDF Omura Institut
Captures d’écrans du PDF disponible sur le site de l’université de Kitasato, Japon. Source : PDF Ōmura Institut.

Ils intègreront dans leur PDF le même tableau de résultat du site de désinformation.

Résultat en tableau du site ivmmeta
Tableau de résultat du site de désinformation « ivmmeta » utilisé dans le PDF de l’Institut Ōmura. Source : PDF Ōmura Institut.

Dans la dénomination du PDF, il s’agit également d’une « discussion sur l’étude parue dans le JAMA » une revue scientifique.

Il s’agit de l’étude colombienne qui n’a trouvé aucune efficacité à la molécule. Le gouvernement colombien, depuis juillet 2020, ne recommande pas l’utilisation de l’ivermectine. Il suit les recommandations de l’Organisation Panaméricaine de la santé.

Dans le PDF de l’Institut Ōmura, il n’y a aucune discussion. Ils font référence, synthétisent l’abstract, la conclusion et rien d’autre.

Conclusion

Le Professeur Satoshi Ōmura est un grand scientifique respecté par la communauté.

Cependant, que penser de l’utilisation d’un site de désinformation scientifique pour se donner raison ? Car oui, Satoshi Ōmura est toujours Professeur dans l’université concernée.

Inutile de rappeler les similitudes entre le Professeur Marseillais et le Professeur Japonais dans certaines démarches. Mais contrairement à Didier Raoult, Satoshi Ōmura n’a jamais affirmé personnellement l’efficacité de l’ivermectine.

Cependant, il a demandé au gouvernement japonais de faire « une exception » concernant ce traitement.

Actuellement, les autorités japonaise ne conseillent pas l’utilisation de l’ivermectine dans leur pays et souhaitent d’autres études plus solides méthodologiquement.


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