Les yeux grand fermés #2

- Publicité -

Les théories complotistes font dorénavant partie de notre quotidien. Autrefois montrées du doigt voire moquées elles s’affichent aujourd’hui au grand jour, avec aplomb et fierté. Comment en est-on arrivé là ? La réponse tient en un seul mot : internet.

Complotisme et internet

Cela fait un peu plus de vingt ans que je suis connecté à internet. Lorsque j’ai découvert ce nouvel univers j’étais vraiment très optimiste, comme beaucoup d’entre nous. J’avais la sensation que ce nouveau média allait contribuer à faire émerger de nouvelles sources de connaissances. Des voix qui étaient jusque là fluettes voire muettes allaient pouvoir s’exprimer plus librement et apporter à un nouvel auditoire des réflexions rafraîchissantes, spontanées, sûrement décalées mais ouvrant au débat en cette époque qui manquait cruellement de contradiction.

J’étais loin, mais alors très loin de me douter qu’en guise de réflexions constructives et intelligentes auxquelles je m’attendais, on assisterait à l’arrivée massive d’un grand n’importe quoi.

Mise en contexte

Il faut tout de même remettre ceci dans son contexte. Il y a vingt ans, ce qui n’est pas si lointain finalement, il n’y avait que six chaînes de télévision en France et la majorité des informations transitaient par ce média. Le temps où le cercle familial se réunissait pour écouter les informations autour d’une radio était révolu depuis longtemps, et l’intérêt envers la presse écrite déjà en perte de vitesse.

Les théories complotistes avaient alors très peu de visibilité et lorsque les médias de l’époque abordaient ce sujet le ton était allègrement moqueur, hautain voire méprisant.

Internet est alors arrivé et a apporté une réelle bouffée d’oxygène dans la bouillie informative ambiante. Mais la lenteur du réseau de l’époque rendait les choses laborieuses, tâtonnantes.

Il faudra attendre les connexions à haut débit se généralisent pour que le web tel que nous le connaissons commence à se modeler et à acquérir sa forme actuelle.

Les chats IRC sont apparus, puis les messageries privés, nouveaux moyens de communication permettant de connecter les individus d’un bout à l’autre de la planète, laissant à chacun libre cours à la parole et à la diffusion d’idées.

Les théories du complot pointaient déjà le bout de leur nez mais étaient sous représentées car éparpillées de ci de là dans divers recoins du web, sur d’obscurs sites et forums ayant une visibilité somme toute assez réduite.

Émergence des réseaux sociaux

Sont ensuite apparus les réseaux sociaux, avec des débuts certes timides mais qui ont vite pris une folle assurance au fil des années.

Les réseaux sociaux ont totalement changé la donne. L’arrivée de YouTube, Facebook, Twitter et consorts, a radicalement transformé l’architecture même du web. Ces nouvelles entités ont depuis réussi à fédérer des millions, voire des milliards d’adeptes et ainsi permis de centraliser une masse d’informations qui était auparavant disséminée dans les bas fonds de la toile. La diffusion d’idées alternatives a alors connu sa révolution. Diffuser une théorie complotiste sur un forum ayant 500 membres et diffuser cette même idée sur un réseau comprenant des millions de personnes a tout changé.

L’effet Umberto Eco

Lors d’une rencontre avec des journalistes à Turin en Juin 2015, Umberto Eco avait lâché une petite bombe à propos de la diffusion des informations sur internet :

Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, auparavant, ne faisaient que discuter au bar après un verre de vin, sans causer de tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite, alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles.

Umberto Eco

Cette citation est désormais bien connue et a fait le tour du monde. Il va sans dire qu’elle a été accueillie avec respect et humour par certains. Mais elle a surtout engendrée un torrent de rejets et d’insultes de la part de ceux qui se sentaient visés par cette saillie.

A la suite de cette citation, et pour enfoncer le clou, Umberto Eco concluait par ceci :

La télévision a promu l’idiot du village, auquel le spectateur se sentait supérieur. Le drame d’Internet, c’est qu’il est en train de faire de l’idiot du village un porteur de vérité.

Umberto Eco

Porteur de vérité, chercheur de vérité, le terme change quelque peu mais l’idée de fond reste la même.

Quid des réseaux sociaux

Sans vouloir juger de l’intelligence de certains lanceurs d’alerte auto-proclamés, on peut effectivement et objectivement se poser la question de la valeur informative des données dont ils abreuvent leurs abonnés. Car partager une info par conviction ce n’est pas transmettre de l’information, mais juste relayer une opinion.

Le succès grandissant des réseaux sociaux, et les bénéfices engendrés, ont permis à leurs dirigeants de développer de nouveaux outils pour faire prospérer leurs entreprises. A force de recherche et développement de nouveaux algorithmes ont été créés, de plus en plus performants.

Des algorithmes qui ont appris à proposer au consommateur la matière première qu’il recherche; à savoir tout ce qui peut le flatter, le satisfaire.

Bulles idéologiques et dérives conspirationnistes

La « bulle idéologique » était née et ce concept continue à faire des ravages. Quoi de plus plaisant que d’être confortés dans nos pensées ?

Méfions-nous des bulles idéologiques. Qu’importe le côté ou le camp, pour employer une métaphore un peu plus guerrière, car la polarisation est devenue si forte entre les deux positions que malheureusement le terme de guerre prend tout son sens – dans lequel nous nous retrouvons ou nous sentons à l’aise.

Nous sommes tous fatalement plus ou moins enclins à fermer les yeux sur certaines informations. Parce qu’elles nous déplaisent voire nous déroutent, et acceptons bien plus facilement d’assimiler ou de s’approprier celles qui vont dans le sens de notre pensée. Par abus de confiance certes mais surtout par fainéantise.

Internet : ange ou démon ?

Restons méfiants et surtout critiques envers internet. Ce média est devenu incontournable, pour ne pas dire LE média principal de la nouvelle génération et probablement des générations futures. Ne nous contentons pas de juste intégrer ou assimiler les informations que l’on peut y trouver. On y déniche quantité de choses et contenus aussi merveilleux qu’exceptionnels mais aussi énormément de matière toxique. La seule façon de pouvoir s’en sortir est de parvenir à reconnaître le vrai du faux. Pour ceci nous avons la chance d’être équipés d’un superbe outil : notre cerveau.

Faisons-en bon usage et vérifions tout ce que l’on nous propose.
Cela nécessite du temps et nous vivons à une époque où tout circule très vite. Que ce soit l’information ou le rythme trépidant de nos vies, tout ceci est ponctué par l’urgence.
Soyons plus malins que les désinformateurs qui étalent leurs théories complotistes avec frénésie. Prenons le temps de nous poser, de comparer les sources et d’y réfléchir.
Le monde et nous-mêmes – ce qui sera égoïstement notre première fierté – en ressortiront grandis.

Le Web, c’est le coma éthylique assuré ! On l’appelle la Toile, et c’en est une. Toile d’araignée et labyrinthe.

Umberto Eco

Google News
Tiko Skep
Co-fondateur de Fact & Furious

Retrouvez nous sur les Réseaux Sociaux

390FansJ'aime
45FollowersSuivre
2,708FollowersSuivre
1,070AbonnésS'abonner

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici